Lancée par l'Association des maires de France (AMF), une journée nationale a lieu aujourd'hui pour protester contre la baisse des dotations. Si elles ne pèsent que 20% des recettes des communes, le gel entamé dès 2011, transformé en baisse depuis 2013, fait grandir l'inquiétude des maires, toutes étiquettes confondues.
Maryse Joissans (maire les Républicains d'Aix-en-Provence) : "Ils veulent faire disparaître les communes"Aujourd'hui, le maire d'Aix ira fêter, à sa manière, les Journées du patrimoine. Un "patrimoine en danger", celui des communes. Elle invite des élus de son conseil et du territoire à se joindre à elle, pour aller à la rencontre des habitants dans la rue et les inciter à signer la pétition contre la baisse des dotations de l'État. Un État que Maryse Joissains accuse "d'affamer les communes". "C'est bien simple, on va avoir un trou de 10,5 millions dans le budget cette année, tempête-t-elle, ça se répercute sur nos investissements. On va être obligé de trouver cette somme. Comment va-t-on faire ? Augmenter les impôts à l'infini ? Nous, nous gérons les problèmes du quotidien, nous devons faire face."
En 2014, selon les services financiers de la municipalité, la baisse des dotations étatiques représentait pour Aix 2,2 millions d'euros, auxquels s'ajoute la diminution du financement des crèches (- 1,2 million), ainsi que d'autres aides directes ou indirectes : le tout grèverait la capacité d'autofinancement de la commune. Impact sur le budget d'investissement, chiffré par les services : il est passé de 68 à 63,3 millions d'euros en 2014, et 59 millions en 2015.
Maryse Joissains n'en démord pas, cet assèchement financier va de pair avec une autre réforme contre laquelle elle se bat depuis des années, celle du remodelage territorial et l'arrivée de la Métropole. "Ils veulent faire comme en Angleterre ou en Espagne, faire disparaître les villes au profit des grands ensembles. Des grands ensembles qui profitent au monde de la finance et dont on voit l'impact ici et là : regardez à Marseille, ce nouveau stade Vélodrome, entouré de logements qui ont été imposés dans le programme. C'est hideux, c'est honteux !"
Dans son discours, Maryse Joissains n'a pas de mots assez durs à l'égard du gouvernement, et du président de la République - "vous savez, moi je suis contre le suffrage universel direct", lâche-t-elle. Quand on lui demande comment résoudre le problème des déficits publics - et la droite, au niveau national, n'a jamais été avare en critiques sur la politique de réduction de la dette - Maryse Joissains estime qu'il faudrait commencer par "dégraisser le mammouth", à savoir la fonction publique d'État qui dispose "d'effectifs pléthoriques".
Reste à savoir si ce discours aura l'impact souhaité auprès de la population, aujourd'hui, à Aix et dans les autres villes françaises qui participent à la mobilisation.
Roger Meï (maire communiste de Gardanne) : "Non à la baisse des crédits de l'Etat et à la Métropole"Comme la plupart des maires des Bouches-du-Rhône, Roger Meï, reconduit dans ses fonctions en juillet dernier, a choisi de répondre à "l'appel du 19 septembre pour toutes les communes de France". "Nos collectivités locales sont fortement menacées, peut-on lire sur le tract Préserver notre quotidien, diffusé à plus de 9 000 exemplaires, invitant les Gardannais à se rassembler ce jour à 11 h devant l'hôtel de ville, pour dire non "à la baisse des crédits de l'État et à la Métropole".
En effet, dans le département, on assiste à une double mobilisation. "Si l'État réduit de 30 % les dotations accordées aux communes, tout le travail quotidien mené jusque-là peut être remis en cause", explique le maire communiste. Un manque à gagner pour cette ville d'un peu plus de 20 000 habitants "de 2 à 3 millions d'euros". "Si tel est le cas, nous serons obligés de serrer les boulons, poursuit l'élu. La ville est endettée à hauteur de 2 % et nous n'avons pas augmenté les impôts depuis dix ans." Avec un taux de pauvreté de 12 % et un revenu médian de 19 572 € (chiffres Insee 2012), "certains habitants connaissent des situations difficiles. Nous essayons de compenser par des actions sociales. Si l'État diminue ses crédits, nous devrons faire des arbitrages, précise Roger Meï. Vous savez, c'est exceptionnel que les maires toutes tendances confondues se mobilisent de cette manière. On espère faire bouger les choses".
L'autre cheval de bataille des maires bucco-rhodaniens reste la Métropole. Bon nombre profitent de cette mobilisation nationale contre la baisse des dotations de l'État pour marquer, une fois de plus, leur opposition contre la fusion des différentes intercommunalités du territoire et la redéfinition des compétences de cette nouvelle structure. "L'arrivée de la métropole d'Aix-Marseille-Provence va éloigner les institutions des habitants, déplore le premier magistrat de la ville, et nous risquons tous de devoir mettre la main à la poche pour renflouer la dette de Marseille, colossale. Notre commune propose un service public efficace et accessible à tous. Nous sommes donc décidés à nous mobiliser pour maintenir cette qualité et cette proximité. Nous espérons être entendus et pouvoir peser le moment venu."
Frédéric Guiniéri (maire sans étiquette de Puyloubier) : "On devrait pouvoir absorber la baisse"Maire modéré mais infatigable défenseur de son petit bout de Sainte-Victoire, Frédéric Guiniéri se dit "partagé" face à la réforme des dotations d'État, à propos de laquelle il a tout de même prévu un petit point d'information citoyen ce matin en mairie.
"D'après les projections de l'Association des maires de France, on va perdre 50 % de nos dotations d'ici à 2017, en passant de 220 à 110 000 €(pour un budget global d'1,4 million, Ndlr), précise le maire de Puyloubier. C'est sûr, ça fait mal aux ressources communales, d'autant que ça suit des transferts de charges qui n'ont pas toujours été compensés ces dernières années. Mais on a calculé qu'on devrait pouvoir l'absorber."
Le secret d'un avis aussi tempéré là où la plupart de ses collègues hurlent leur colère en se frappant le portefeuille ? "On a anticipé et géré prudemment depuis plusieurs années", estime le maire puyloubiéren. Anticipé car, lorsque des dotations plus confortables, qu'elles proviennent de l'État ou d'autres collectivités territoriales comme la CPA ou le Conseil général, tombaient ces dernières années, "j'ai toujours dit à mon conseil : OK, on s'en sert, mais pour de l'investissement, pas pour du fonctionnement". Puyloubier présente ainsi le ratio de dépenses de personnels le plus faible du département. Conclusion, la commune a pu entretenir son patrimoine (réfection du centre historique, création d'une salle polyvalente...) quand l'argent était là. Elle n'est, en revanche, pas plombée par ses coûts de fonctionnement et son train de vie quand le robinet se tarit. Toutes les communes ne peuvent pas forcément en dire autant.
"Et avant, analyse Frédéric Guiniéri, il y avait parfois la tentation d'équilibrer les comptes en augmentant la fiscalité. Les administrés râlaient un peu mais suivaient. Mais aujourd'hui, la crise est passée par là et les gens n'acceptent plus ce levier fiscal."
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