Sur la piste du Model air club d'Aix-en-Provence, où l'on fête la treizième "Magie du ciel", il y a comme une odeur sucrée de madeleine. Un souvenir d'enfance qui vous prend à la gorge et vous renvoie direct à cette voiture télécommandée que votre mère avait consenti à vous acheter après de lourdes semaines d'insistance. Cette télécommande entre les mains, vous étiez le maître du monde.
Cette flamme-là, si particulière, n'a jamais quitté les yeux bleus de Frédéric Mauran, aéromodéliste fou et secrétaire de l'association Macap. "Ces avions, ce sont nos gros jouets... Je crois qu'en définitive, on est restés des enfants", avoue-t-il.
Qu'est-ce qu'un petit avion en mousse peut avoir d'excitant lorsqu'on est pilote de ligne pour une filiale d'Air France ? "Quand j'avais 15 ans, j'envisageais d'être pilote dans l'armée. J'ai commencé en aéro-club et j'ai eu la chance d'intégrer finalement une compagnie aérienne. L'aéromodélisme, ça va avec la passion des avions. Ça me permet de sortir l'appareil de son domaine de vol habituel", aussi vrai qu'on s'interdit le looping lorsqu'on transporte plusieurs centaines de personnes... "Il y a sans doute un peu de rêve d'Icare tout ça..."
Christelle, son épouse, hôtesse de l'air, sourit : "Lorsqu'on s'est rencontré, on a emménagé dans un 27 m2. Il y avait un matelas, un mini-frigo, un bureau et tout le reste était occupé par un avion en balsa..."
Et des comme lui, il y en a plus d'une centaine au Model air club d'Aix, essentiellement des hommes. Beaucoup ont déjà piloté des avions, mais rien ne les a satisfaits autant que diriger un appareil depuis une radio. C'est ce genre de passions qui occupent le temps, l'esprit, l'espace.
"L'aéromodélisme, ce n'est pas seulement le plaisir du vol, c'est aussi celui du bricolage, nuance le président Serge Cataldo. Au club, il n'y a rien de formel, on paie juste une adhésion, les plus anciens apprennent aux nouveaux venus ; lorsqu'une personne casse une pièce, il y a toujours quelqu'un qui s'y connaît assez pour la lui réparer ou la remplacer. Malheureusement, on voit trop de jeunes qui n'ont pas décroché de leur écran de jeux vidéo." "L'aéromodélisme présente des contraintes que beaucoup d'entre eux n'arrivent pas à dépasser", reprend Frédéric.
Dans le ciel, un VGM rouge (voltige grand modèle) déboule à coup de loopings latéraux, approche le sol à la verticale, s'immobilise quelques fractions de secondes avant de filer à toute vitesse. À quelques mètres, un petit avion en mousse essaie de l'imiter. Moteurs électriques, thermiques, à essence, à alcool... 50 cm d'envergure ou 3,50 m, de 50 km/h à près de 400 : "Il est important de savoir que tout le monde peut faire de l'aéromodélisme, du petit avion à 100 € à celui de compétition, il y a tous les niveaux de pilotes et tous les niveaux d'avion, sans distinction, tout le monde est accepté et aidé."
Voilà donc ce que c'est, cette drôle de passion. "Vous voulez essayer ?", suggère Jean-Claude. La manette de droite, c'est pour diriger les ailerons et gérer le gaz. Celle de gauche, c'est pour tirer l'avion vers le haut ou le bas. "Surtout, ne lâchez pas des yeux l'appareil, les commandes sont très sensibles, il faut y aller doucement." Et c'est parti, comme à l'époque, comme quand on se sentait le maître du monde.
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