Lorsque l'on vient plaider l'acquittement dans une affaire où la peine maximale encourue est de 30 ans, voire la perpétuité pour les récidivistes, on ne laisse rien passer au camp adverse. Surtout pas les approximations. Bien décidée à s'engouffrer dans la moindre brèche du dossier, et ulcérée par "la partialité" de l'accusation, la douzaine d'avocats de la défense n'a laissé aucun répit aux trois enquêteurs de la BRB (Brigade de répression du banditisme) qui se sont succédé hier à la barre de la cour d'assises, à Aix, qui juge la tentative de braquage du centre fort Sazias, à Gémenos, le 9 août 2011.
"Vous allez devoir juger un dossier où les pièces ont été catapultées !", grince Me d'Arrigo à l'attention de la cour. Face à elle, un enquêteur de la police judiciaire lessivé par trois heures de déposition, dont deux bonnes de questions. "On a travaillé à charge et à décharge, se défend le policier. Le travail a été bien fait. C'est la BRB. On vérifie tout." Sur le banc de la défense, on ne prend même pas la peine de retenir une moue dubitative.
Méthodiques, les enquêteurs avaient égrené les "éléments matériels à charge" : l'achat d'un traceur et d'un collier GPS par Nicolas Daoudi, le locataire d'un box à la Ciotat dans lequel avait été découvert un véritable arsenal ; des traces d'ADN correspondant à certains accusés retrouvées soit sur les lieux de l'attaque soit dans la bergerie des frères Basile ; un pied-de-biche identique à celui filmé par une caméra de Sazias avec la même peinture que la porte du centre fort, une dénonciation anonyme et quelques mots captés lors d'écoutes téléphoniques notamment. Écoutes téléphoniques, qui avaient d'ailleurs été diligentées dans le cadre du précédent braquage d'un fourgon Sazias, avant l'attaque avortée du 9 août 2011. Soupçonnant Michel Acaries du coup de 2010, la PJ avait placé sur écoutes Sébastien Brundu présenté comme "son homme à tout faire".
Le mot "kalach" avait fait irruption dans une conversation quelques jours avant les faits de 2011, mais l'intéressé assure qu'il parlait de "canache", une contraction hasardeuse de canne à pêche... Le doute profitant toujours à l'accusé, un de ses avocats, Me Moroni, exploite la faille. "Et Acariès, vous l'avez entendu ?" "Non, on ne l'a pas jugé nécessaire", répond l'enquêteur. "Pourquoi vous faites, alors, le rapprochement avec Brundu ?", insiste l'avocat. "Car Acariès fait partie du grand banditisme... Cela voulait dire que Brundu fréquentait des gens du banditisme... " "Vous savez qu'Acariès est cloué dans un fauteuil roulant depuis 2002 ? Alors quel rapport avec la tentative de braquage de 2011 ?", assène Me Morori à la face d'un policier décontenancé.
"Je pense, encore une fois, que vos investigations ont été menées à charge", tacle à son tour Me d'Arrigo. Donc, reprend Lionel Moroni, Brundu était surveillé dans le cadre du braquage de 2010. Mais l'était-il ce 9 août 2011... ?" Embarrassé, un des enquêteurs botte en touche : "Je sais pas... Demandez à la BRI (brigade de recherche et d'intervention, ndlr)". Même flottement au sujet des frères Basile. Claude avait été interpellé par la BRI mais Paul, son frère, était parvenu à leur échapper.
Un mois plus tard, il était cueilli dans un bar de La Ciotat. Une femme avait alerté la police en assurant que l'homme, ivre, s'était vanté d'être l'un des auteurs de l'attaque. "Il est en cavale et, par la plus grande imprudence, raconte qu'il fait partie du commando, relève Me Pinelli. Elle me semble un peu dure à encaisser cette histoire. Pensez-vous que c'est convaincant ?" "Faut demander aux collègues de La Ciotat qui l'ont arrêté ! lâche, passablement agacé, un des policiers. Ça fait beaucoup de pensées... Et je ne pense pas autant que ça... " Un point commun avec le commando. Car si la logistique était au point, la réflexion n'a pas vraiment décollé du ras du sol. Quelques minutes avant de passer à l'attaque, trois malfaiteurs, cagoules relevées sur la tête, n'avaient même pas vu qu'ils étaient suivis depuis Aubagne par une voiture de la Bac alors qu'ils lançaient par poignées des clous sur la chaussée... Jusqu'au centre fort de Gémenos.
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